L’Abécédaire de Gilles Deleuzeavec Claire Parnet · 1988–1989

Z comme Zigzag

Lettre Z de L’Abécédaire de Gilles Deleuze, entretien avec Claire Parnet réalisé par Pierre-André Boutang (1988–1989). Durée : 5 min. Vidéo sous-titrée en français, anglais et espagnol, avec la transcription complète.

Transcription

Claire ParnetAlors, X, c'est une inconnue. Y, c'est indicible. Donc, on passe directement à la dernière lettre de l'alphabet.

Et la dernière lettre de l'alphabet, c'est le Z. Ah, ben, ça tourne bien, écoute.

Claire ParnetAlors, c'est pas le Z de Zorro, le justicier, comme on l'a compris à travers cet alphabet. T'aimes pas le jugement. Mais c'est le Z de la bifurcation, de l'éclair. Ouais. C'est lui qui a dans le nom des grands philosophes. Zen, Zarathoustra, Leibniz, Spinoza, Nietzsche, Bergson, et évidemment Deleuze.

C'est très spirituel avec Bergson, et très très gentil pour moi. Zen, c'est de l'être formidable, et puis ça nous fait rejoindre à la mouche, le Zen de la mouche, le ZZ, le zigzag de la mouche, c'est le zigzag, le Z. C'est le dernier mot. Il n'y a pas de mot après zigzag. C'est bien de terminer là-dessus. Alors, qu'est-ce qui se passe, en effet, dans le Z ? Le Zen, c'est l'inverse du nez, qui lui aussi est un zigzag. C'est le mouvement, la mouche, qu'est-ce que c'est que ça ? C'est peut-être le mouvement élémentaire, c'est peut-être le mouvement qui a présidé à la création du monde. En ce moment, je m'occupe comme tout le monde, je m'occupe de choses, je lis sur le Big Bang, la création de l'univers, la courbure infinie, tout ça, comment ça s'est fait, le Big Bang. Il faut dire à l'origine des choses, il n'y a pas le Big Bang, il y a le Z.

Claire ParnetAlors le Z de la mouche, le Big Bang, la bifurcation ?

Il faudrait le remplacer par le Z, qui est le zen, qui est le parcours de la mouche. Ça signifie quoi ? Pour moi, quand j'invoque le zigzag, c'est ce qu'on disait tout à l'heure sur pas d'universaux, mais des ensembles de singularités. La question, c'est comment mettre en rapport des singularités disparates. Alors, mettre en rapport, ou des potentiels, si on parle comme en termes de physique, on peut imaginer un chaos plein de potentiels. Comment mettre en rapport des potentiels ? Alors, je ne sais plus dans quelle discipline vaguement scientifique on a un terme qui m'avait tellement plu que j'en ai tiré parti dans un livre. c'était, ils expliquaient qu'entre deux potentiels se passait un phénomène qu'ils définissaient par l'idée d'un sombre précurseur. Le précurseur sombre, c'est ce qui mettait en rapport des potentiels différents. Et une fois qu'il y avait le trajet du sombre précurseur, les deux potentiels étaient comme en état de réaction l'un et entre les deux fulgurait l'événement visible. l'éclair. Il y avait le précurseur sombre et puis l'éclair qui... C'est comme ça que le monde naît. Il y a toujours un précurseur sombre que personne ne voit et puis l'éclair qui illumine et c'est ça le monde. Ou ça devrait être ça la pensée, ça devrait être ça la philosophie, c'est ça le grand Z. Et c'est ça aussi la sagesse du Zen. Le sage c'est le prédure sur son ombre et puis le coup de bâton, puisque le maître Zen passe son temps à distribuer le coup de bâton. Le coup de bâton c'est l'éclair qui fait voir les choses. Et ainsi nous en avons fini.

Claire ParnetEt tu es content d'avoir un Z dans ton nom ?

Ravi !

Claire ParnetVoilà.

Quel bonheur d'avoir fait ça. Voilà. Posthume, posthume.

Claire ParnetPosthume.

Eh bien, voilà. Mais merci de toute votre gentillesse.

Transcription automatique, relue en partie.